À propos

L’archive représente un enjeu majeur pour l’art contemporain dans ses formes les plus critiques. La question du savoir et de sa constitution est au cœur de démarches artistiques qui interrogent l’autorité du document, proposant de penser l’art comme une pratique critique de la connaissance. Pour les études féministes, queer et post-coloniales, l’archive revêt une importance particulière : les archives sonores, textuelles, visuelles et audiovisuelles sont, en effet, cruciales pour faire émerger des récits occultés et pour re-contextualiser des images oubliées, négligées, ou minorées. Rendant possibles des allers retours entre passé et présent, entre rapports de force et résistance, les archives aident alors à produire de nouveaux savoirs et de nouvelles œuvres.

On a vu récemment un certain nombre de centres d’archives se créer ou se constituer, pour rassembler l’histoire orale, écrite, audiovisuelle des mouvements minoritaires ou d’émancipation : archives lesbiennes à New York (lesbian herstory) ; archives LGBT à Los Angeles (One Archives)… Ce mouvement se développe en parallèle avec de nombreuses initiatives touchant au champ de l’art (Internationala regroupant quatre musées à Ljubljana, Barcelone, Eindhoven et Anvers et une archive d’artiste, the Julius Koller Society de Bratislava,) afin de partager leurs fonds sur la base d’une collaboration à long-terme.

Ces centres ont une pratique conservatoire et en même temps, ils suscitent des recherches, des expositions ou toute autre forme de questionnement intellectuel quant à l’histoire officielle et celles des minorités. Ils sont, en ce sens, des lieux vivants, renouvelant constamment la forme de leurs interrogations.

C’est ainsi qu’a été créé le collectif de Traveling Féministe, qui a pris pour base les archives du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir. Travelling Féministe se veut le laboratoire des collections et savoirs-faire du Centre et cherche à attirer et développer plusieurs types de recherche qui constituent l’actualité du traitement artistique de l’archive, de la recherche universitaire sur les « savoirs situés » et de la recherche technologique.

Travelling Féministe propose une expérimentation sur les usages féministes, queer, post-coloniaux de l’archive audiovisuelle, avec quatre polarités : le travail de conservation et mise en valeur de ces sources ; le travail d’agrégation et de mise à disposition des productions scientifiques nombreuses et parfois mal connues ; l’ouverture à des chercheurs/ses pour des travaux qui prennent en compte ces archives, enfin, la mise à disposition des archives audiovisuelles à des artistes en résidence.

Séminaire de recherche, résidences, lancement de publications et mutualisation des informations et des savoirs avec le lancement d’un site internet : voici les axes principaux de Traveling Féministe, en plus du travail d’inventaire, de numérisation et d’expertise de ce qui constitue aujourd’hui l’un des lieux principaux d’accès en France à l’histoire filmée des femmes.


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