jeudi 8 mai 2014mercredi 14 mai 2014
Simone de Beauvoir à Beyrouth
Dates et lieux
le jeudi 8 mai 2014 - lieu : alba , beyrouth liban
le vendredi 9 mai 2014 - lieu : alba , beyrouth liban
le samedi 10 mai 2014 - lieu : alba , beyrouth liban
le dimanche 11 mai 2014 - lieu : alba , beyrouth liban
le mercredi 14 mai 2014 - lieu : alba , beyrouth liban

Si les femmes ont toujours été présentes dans le cinéma dès les premiers films, les années 70 marquent une montée en puissance des femmes et des sujets féministes. La libre disposition de son corps, les droits des femmes au travail, les discriminations contre les femmes, les stéréotypes vont constituer autant de thématiques de films.
Des équipes techniques entièrement féminines voient le jour. Les luttes politiques, les batailles du mouvement féministe, lesbien et homosexuel vont être relayées par des groupes ou des individus, femmes et hommes activistes, qui filment, montrent et donnent une visibilité médiatique à tous ces mouvements.

Une pratique radicale, des images rares.
Dans la foulée de Mai 68 et des Etats généraux du cinéma, le cinéma d’intervention renaît de ses cendres, avec la volonté de filmer le réel sur le vif et d’agir sur les mouvements de lutte. Dans ce contexte d’effervescence militante, des réalisatrices s’emparent des nouvelles ressources de la vidéo, avec les caméras Portapacks de Sony. Elles accompagnent ainsi l’histoire et les luttes des femmes et prennent en charge leur propre représentation.
A l’instar de Virginia Woolf qui réclamait Une chambre à soi, les féministes revendiquent Une caméra à soi. Un peu partout en France, les collectifs vidéos se multiplient, non institutionnalisés, fluctuants et productifs.
Carole Roussopoulos filme la première manifestation du FHAR (Front Homosexuel d’Action révolutionnaire). Peu avant un collectif de féministes part caméra au poing filmer une grève de femmes à Troyes. Carole Roussopoulos rapporte ainsi ses débuts de vidéaste :
Jean Genet me dit : « Il y a une machine révolutionnaire qui vient de sortir ». C’était vraiment le départ de la vidéo. Je me suis alors dit que, non seulement j’allais être libre de faire ce que je voulais, mais que j’allais pouvoir donner la parole aux gens qui ne l’avaient pas […]. Ces gens-là, on ne les voyait jamais et on ne les entendait ni à la radio ni à la télé. Et je me suis dit que la vidéo était l’outil rêvé pour ça, parce que ça ne coûtait pas cher. Je m’y suis donc mise, c’était en 1969. (Carole Roussopoulos, in 360°, octobre 2003).
S’ensuivra une production abondante, politique, engagée, aux côtés de son mari Paul, tous deux signant leur vidéos du nom de Vidéo Out, tandis qu’un groupe de femmes vidéastes activistes vidéo commence à tourner. Il n’y a pas de commentaire, seul compte la parole des personnes filmées.
De la dénonciation de l’attitude machiste de la C.G.T. au questionnement du « français moyen » sur sa vision des lesbiennes et des homosexuels (Manifestation contre la répression de l’homosexualité), de la solidarité avec les ouvrières du textile de Troyes (Grève de femmes à Troyes), des relations femmes hommes chez les LIP en grève, au portrait des comédiennes face à l’industrie du cinéma américain et français (Sois belle et tais-toi !), on retrouve la volonté marquée de laisser du temps à la parole, la richesse d’un cadre qui embrasse plus qu’il ne découpe, l’interpellation explicite du spectateur. Certaines cinéastes vont chercher du côté de l’expérimentation une vision décalée, et pertinente des enjeux de la représentation de l’histoire, histoire intime ou histoire politique.

Les questions de genre, d’orientation sexuelle sont soulevées. Les femmes s’impliquent dans ces films engagés (Accouche), manient l’humour (Maso et Miso vont en bateau), la dérision et attaquent l’ordre social établi (Y’à qu’à pas baiser, Les Enfants du gouvernement). Les rôles filmant filmés sont mêlés. La vidéo devient une arme de combat des féministes.

Laissons les derniers mots à Françoise Audé, critique de cinéma trop tôt disparue.
Une phrase d’Agnès Varda donne sa juste proportion, (ici « juste » ne signifie pas modeste) à la démarche de cinéaste féministe : c’est (…) sortir de son miroir et de l’image que la société vous propose d’être, sortir de la cuisine, aller dehors, regarder les autres, choisir et composer avec les difficultés et les contradictions. Parole de glaneuse généreuse. Visionnaire aussi.
Extrait de Cinéma d’elles, 1981-2001, Editons L’Age d’Homme, Suisse, 2002.
Texte de Nicole Fernández Ferrer

À propos des conférencières

Nicole Fernández Ferrer a une formation universitaire en lettres et en archives audiovisuelles. Elle est déléguée générale du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir à Paris (archives, distribution, ateliers audiovisuels, Genrimages, Travelling féministe). Archiviste et programmatrice, elle a travaillé dans de nombreux festivals de cinéma. Elle a programmé le Festival de Films gays et lesbiens de Paris, le Festival de Films de Femmes de Créteil et travaillé pour Racines noires, Images Caraïbes et l’Institut du Monde Arabe. Elle anime des projections et des rencontres en prison de femmes et d’hommes. Elle est traductrice (espagnol, portugais) et a donné des conférences à Pékin, Pointe à Pitre (Guadeloupe), Barcelone, Séoul et Taipei. Elle est membre de la commission nationale Lycéens au cinéma au titre d’experte et de la Cinémathèque française. Elle est engagée dans la lutte pour les droits des femmes et les LGBTI.

Patricia Giudicelli Falguières, née en 1957 à Paris, est agrégée et Docteur en histoire (Université de Paris 1, 1988) et membre de l’École française de Rome. Elle est professeur à l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) où elle enseigne l’histoire de l’art et la philosophie de la Renaissance. Elle a enseigné à l’École des beaux-arts de Bordeaux (en 2004) l’histoire et la théorie de l’art. Elle coorganise depuis 2006 le séminaire Something You Should Know : artistes et producteurs à l’EHESS, Paris.

Élisabeth Lebovici, docteure en esthétique, critique d’art depuis 1985, rédactrice en chef de Beaux-arts magazine (1988-90), a été journaliste au Service Culture du quotidien Libération (1991-2006). Chargée de cours à Sciences-Po Paris, elle tient un blog sur http://le-beau-vice.blogspot.fr/. Elle s’intéresse particulièrement aux questions des genres et des sexualités et s’attache aux relations entre féminisme, théorie queer, histoire de l’art et art contemporain. Elle a dirigé L’intime (Paris, ensb-a, 1998) et est la co-auteure, avec Catherine Gonnard, de Femmes Artistes/ Artistes Femmes, Paris, de 1880 à nos jours (Paris, Editions Hazan, 2007). Elle co-organise un séminaire régulier à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) « Something You Should Know : Artistes et Producteurs » et fait partie du groupe de recherches Travelling Féministe. En savoir plus http://alba.edu.lb/french/rencontres-simone-de-beauvoir#sthash.B9riEARU.dpuf

Ces archives sont proposées et apportées par le centre audiovisuel Simone de Beauvoir.
Cet événement est organisé par l’ARP en coproduction avec le centre audiovisuel Simone de Beauvoir / projet Travelling Féministe, avec la participation de l’EHESS de Paris, de l’association Helem et le soutien de l’Institut Français de Beyrouth.
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