Archives mensuelles : décembre 2016

« White Skin, Black Masks: On the “Decolonial Desire” of Vasco Araújo »

Critique de l’exposition « Decolonial Desire » à Londres (Autograph ABP) par Efua Bea à lire sur le site Media Diversified: https://mediadiversified.org/2016/11/20/white-skin-black-masks-on-the-decolonial-desire-of-vasco-araujo/

 

 

Extrait:

 

« As with Exhibit B, the problematic human zoo Brett Baily attempted to show at the Barbican in 2014, Araújo makes again a spectacle of the Black body in his attempt to remember what has apparently “been forgotten”, without considering who is doing the forgetting.

 

I have not written this article to encourage a boycott of Autograph ABP, which remains one of the only art institutions committed to highlighting issues of identity and colonial critiques for and by artists of colour. It is rather to highlight the problematics going on in their curatorial decision-making. It is to ask them to be held accountable for feeding into a creative sector narrated and orchestrated by white bodies that still cannot seem to consider Blackness beyond slavery, gang crime, and sexual violence. Because there is something particularly painful about going through this experience at Autograph ABP, a building that has always felt “for me” in ways that the National Portrait Gallery or the V&A have not, which only heightens the feeling that this is a personal betrayal. »

« Inventer son genre dans le langage de la télévision » par Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici (revue GLAD!) sur les cultures féminines, homoérotiques, et les subversions de genre dans la télévision française des années 1950 et 1960

Un travail de recherche formidable mené par Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici sur les cultures féminines, homoérotiques, et les subversions de genre dans la télévision française des années 1950 et 1960:

 

colette-mars

 

 » […] Dans le champ télévisuel des années 1955 à 1969, les variétés ont très vite été fédératrices : acceptant une grande liberté de ton, tout en repoussant loin d’elles les clivages politiques, religieux, raciaux et sexuels. C’est là que nous avons choisi notre corpus. Colette Mars et Micheline Sandrel sont apparues comme des évidences : l’une pour ses liens avec le music-hall et les cabarets interlopes, l’autre pour ses nombreuses interviews de femmes dans le Magazine féminin de la télévision. Au Cabaret du soir, leur émission, des signes historiques, culturels et factuels se sont multipliés, qui nous ont interpellées. Il nous suffisait de les relier les uns aux autres, de suivre certaines de leurs invitées pour découvrir les marges d’une féminité convenue et, avec elles, les prémisses d’une autre sociabilité, d’autres performances de genre, voire d’un trouble du genre. D’un « entre femmes », nous sommes passées à la mise en place d’un paradigme adolescent et ambigu qui accepte le féminin et le masculin comme une mascarade dont il faut se jouer pour rester libre, alors que d’autres choisissent de s’adresser plus directement à celles qui se reconnaîtront comme elles, lesbiennes. Ce mot, comme celui d’homosexuelle, n’a alors pas de sens pour elles.

Les années 1950 et 1960 convoquent plus subtilement des traces, qui sont autant de clefs ouvrant des modes de vie réservés jusque-là à certains lieux, certains milieux. La bague portée au petit doigt, la chaînette à la cheville, le cou dépourvu de bijoux, la chemise au col relevé, le port de talons plats, la robe enfilée sur des épaules trop larges et la façon qu’a le corps de la porter, le pull à col roulé, le regard de connivence, la force des bras bandés qui se lèvent en un geste ample, les jambes campées en position debout, la voix grave qui s’oublie, les paroles équivoques… – chacun de ces indices détectés ne révèle certes pas la vérité d’une « identité lesbienne », qui serait ainsi essentialisée. C’est plutôt ensemble qu’artefacts, postures, façons de s’adresser aux autres et doubles sens concourent à un « style ». Nous empruntons à nouveau ce terme à L’Art d’être gai de David M. Halperin, qui l’emploie quand il s’agit de barrer la route à « une vision simpliste de ce qui fonde les choix d’objets culturels gais ». Le secret de leur séduction, continue Halperin, est à chercher non dans leur signification cachée, mais dans leur forme, leur style.

C’est aussi ce que nous avons ressenti en scrutant, à notre tour, les émissions de variétés des années 1955 à 1969, relevant d’une époque qui n’est pas susceptible d’affirmation gaie, lesbienne, bi ou trans explicite. Pourquoi continuent-elles à susciter des réactions enthousiastes d’identification et de jouissance, en des temps où la vie gaie, lesbienne, bi ou trans est sortie du placard ? Il nous semble que les écarts et les décalages que nous avons perçus par rapport au « roman familial » de la télévision de masse, sans jamais être définis par un nom ou une identité stable, peuvent aussi servir collectivement à en faire un usage décalé. S’offre ainsi « le moyen d’échapper à l’anormalité singulière, liée à l’expérience personnelle, pour accéder à une anormalité universelle valable pour tous.tes [qui] promet un monde et pas une identité »

 

http://www.revue-glad.org/209#bodyftn94

Découvrez le nouveau site « Le genre & l’écran »: Pour une critique féministe des fictions audio-visuelles

Voici le manifeste du nouveau site web, disponible à l’adresse suivante:  http://www.genre-ecran.net/?Manifeste

 

Manifeste

>> Geneviève Sellier


Ce site, qui se veut collectif, vise à proposer à un large public des analyses féministes des fictions audiovisuelles (cinéma et télévision), d’abord sur l’actualité mais aussi sur des œuvres plus anciennes… Par analyse féministe, nous entendons la prise en compte de la façon dont les fictions audiovisuelles construisent, avec les moyens formels qui sont les leurs, les identités genrées, les rapports de sexe et les sexualités, en prenant en compte les dynamiques de domination sociale dont ils sont le terrain et l’enjeu.

Cela suppose de s’intéresser à ce dont parlent ces fictions et comment elles en parlent, contrairement au discours cinéphilique dominant, et de prendre au sérieux le « divertissement », la « culture de masse » qui est le véhicule privilégié des normes de genre. À l’inverse cela suppose aussi de remettre en cause le privilège qu’on accorde en France au « cinéma d’auteur » considéré comme forcément subversif, non conformiste, etc. La « culture d’élite » n’échappe pas plus que la culture de masse aux préjugés sexistes même s’ils prennent des formes différentes.

La force des fictions audiovisuelles est leur capacité à naturaliser, par la grâce de l’effet de réel, les normes sexuées et sexuelles, à les rendre invisibles dans leur dimension normative… Notre travail consistera à déconstruire ces évidences.

Les fictions audiovisuelles sont des constructions de l’imaginaire collectif (y compris quand elles se réclament du « cinéma d’auteur ») et non des reflets de la société. Nous tenterons de pointer sous des images et des sons qui se donnent comme un enregistrement de la réalité, un état des mentalités.

Ces fictions audiovisuelles sont des productions culturelles, par définition polysémiques et ambivalentes, chargées d’affects et produisant des émotions, dont il nous faudra mesurer l’impact dans le champ du désir qui est lui aussi traversé par des normes.

Le sens des fictions audiovisuelles se construit dans une interaction entre les œuvres et leurs publics et leur réception est forcément diverse en termes de genre, de classe, de race, d’ethnicité, de génération, etc. Nous nous efforcerons de prendre en compte cette complexité et cette diversité de la réception, y compris en proposant des lectures contradictoires.

Autrement dit, si l’approche genrée des œuvres, des producteurs/trices et des spectateurs/trices est l’angle d’attaque que propose ce site, nous pratiquerons autant que faire se peut l’intersectionnalité, c’est à dire l’articulation entre les questions de genre, de classe et de race.

Ne manquez pas le 13 décembre la projection de « Floris » et « De l’amour au Rwanda » de Jacqueline Kalimunda sur les blessures ouvertes du génocide des Tutsis, en présence de la réalisatrice

Projections le mardi 13 décembre 2016 à 21h au Forum des images et organisées par Le Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir.

 

 

 

kalimunda

 

Floris

Rwanda-France,  2016, vidéo, coul., 53 min,

version originale kinyarwanda, française et anglaise sous-titrée en français

Floris est le dernier magasin de fleurs à Kigali. Depuis 15 ans, les habitants de toute la ville y viennent pour organiser un mariage et d’autres, quelquefois les mêmes, pour fleurir un enterrement ou un mémorial. De la Saint Valentin à la saison des mariages, en passant par la période de deuil au mois d’avril, Donatille, la propriétaire, accueille ses clients avec entrain et générosité, aidée en cela par une équipe de jeunes employés, qui appartiennent tous à une nouvelle génération qui n’a pas connu le génocide. Alors que la question de la survie du magasin se pose, Floris est une histoire d’amour et de survie dans un pays qui oscille entre le poids d’un passé traumatisant et l’appel à la vie.

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De l’amour au Rwanda

Rwanda, France, 2016, vidéo, coul.,60 min

version originale kinyarwanda, française et anglaise, sous-titrée en français

Dans l’effervescence de la reconstruction, parce qu’ils ont besoin d’aller de l’avant et de se sentir vivants, les Rwandais cherchent l’amour. Pour cela, la nouvelle génération utilise les résaux sociaux et les sites de rencontres. Mais cette nouvelle génération doit aussi vivre avec les conséquences du génocide, un événement tragique qui façonne l’intime et le quotidien, même si nombreux sont ceux qui ne l’ont pas vécu. En empruntant aux codes du site de rencontre, De l’amour au Rwanda, est une web serie romantique qui parle de célibataires, de couples et de familles en quête d’amour au Rwanda aujourd’hui.

 

 

Jacqueline Kalimunda est une auteure-réalisatrice et productrice de films franco-rwandais, née à Kigali. Issue des universités Dauphine à Paris et Westminster à Londres, Berlinale Talent et lauréate de la bourse Africa First du studio américain Focus Features, elle a produit et réalisé lors de ces 12 dernières années de nombreux films avec des partenaires tels que Canal Plus, Focus Features, South African Broadcasting network (SABC) ou TV5 Monde… Son travail est ouvert sur la fiction (Histoire de Tresses, 2002, Lala & les gaous 2009, Burning Down, 2012) et le documentaire (Homeland, 2006, Imagine Africa 2007…).

 

A partir du 1er décembre, vous pourrez réserver vos billets en ligne directement sur le site du Forum des images.

Lien sur le site du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir: http://www.centre-simone-de-beauvoir.com/agenda.html

Projection de « Garçon d’honneur » (1993) de Ang Lee le 12 décembre au cinéma Le Brady (Ciné-club le 7è genre) en présence de Bastian Meiresonne

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GARÇON D’HONNEUR

Genre:
Durée: 1h 9min
Nationalité: États-Unis
Sortie: 6 octobre 1993

 

De: Ang Lee
Avec: Winston Chao, Mai Chin, Mitchell Lichtenstein

 

Synopsis:

Célèbre pour ses succès hollywoodiens comme Tigre et Dragon ou Le Secret de Brokeback Mountain, Ang Lee est moins connu pour ses films taïwanais tournés avant son installation aux Etats-Unis. Pushing Hands, Garçon d’honneur et Salé Sucré constituent une sorte de « trilogie officieuse » autour du déracinement, une thématique parmi beaucoup d’autres dans cette comédie profondément humaniste. Un projet que le réalisateur mettra plus de cinq ans à réaliser en raison de la frilosité des producteurs à investir dans un film qui aborde l’homosexualité. Garçon d’honneur sera pourtant le plus gros succès du box-office taiwanais et le fer de lance d’une série de films LGBT produits en Asie dans les années 90. Le film a obtenu l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1993.

 

Date : 12 décembre 2016 à 20:00

 

Durée : 120

 

Détail de l’évenement
Ciné-Club Le 7è Genre Présenté par Anne Delabre, journaliste cinéma. Notre invité : Bastian Meiresonne, réalisateur et critique de cinéma, directeur artistique adjoint du Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul (FICA).

Exposition « EXCUSEZ-MOI DE VOUS AVOIR DÉRANGÉS » à l’espace KHIASMA (Les Lilas)

Quelle est cette figure intempestive qui vient ennuyer le jour ? Qui surgit de l’ombre pour semer la discorde et déranger les endormis ? Qui veille la nuit et déchire les calendriers, invente des mots, refait les batailles dans d’autres lieux ? Qui imite les bêtes sauvages ? Qui parle trop fort et pose son visage sale sur les fenêtres de la demeure du maître? Qui bouscule l’Histoire et s’amuse de chapitres ignorés? Qui êtes vous messieurs dames pour me parler comme ça ? Aimez les mauvaises compagnies et les huiles sur le feu, aimez les continents ainsi déposés en désordre sur un flot de pétrole, aimez et sortez de votre corps, amis, ennemis, aimez sans fin !

 

Autour de la figure de Donna Haraway et du film que lui consacre Fabrizio Terranova, Excusez-moi de vous avoir dérangés tisse dans un jeu de ficelle l’espace de nouveaux récits au travers des voix de narrateurs qui interrompent le flux de l’histoire, dérangent l’ordre des choses et les hiérarchies de la parole. Trouble-fêtes qui s’autorisent à tresser le temps, à mastiquer le passé, à trafiquer le futur dans le présent de corps vibrants, hybrides et dérangeants, traversés par les paradoxes d’une histoire commune et d’un futur qui se devra de l’être.

 

Commissariat, textes et scénographies : Olivier Marboeuf
Vernissage : jeudi 20 octobre à 18H30

Avec le soutien de Spectre Productions, Graphoui Asbl et le Centre de l’Audiovisuel à Bruxelles (CBA)

 

 

Exposition ouverte du mercredi au samedi de 15h à 20h
(Fermé le 11 novembre)
Visite commentée tous les samedis à 16H30
Entrée Libre

 

Derniers rendez-vous dans le cadre de l’exposition :
Samedi 3 décembre, 16h30 : Visite avec Ana Vaz

Lundi 5 décembre, 20h : Lundi de Phantom avec Ana Vaz
Samedi 10 décembre, 16h30 : Visite avec Fabrizio Terranova
Lundi 12 décembre, 20h : Lundi de Phantom avec Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff Samedi 17 décembre, 18h : Finissage

ESPACE KHIASMA

15 rue Chassagnolle 93260 Les Lilas
Métro 11 : Porte ou Mairie des Lilas
Tram T3 : station Adrienne Bolland

Lien: http://www.khiasma.net/exposition/excusez-moi-de-vous-avoir-deranges/

Hommage à Chantal Akerman le 11 décembre 2016 au cinéma Le Gyptis à Marseille: projection de « News From Home » et « No Home Movie »

 

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17h
News From Home, documentaire, Belgique, 1977, 1h15
Le film se compose de longues séquences, montrant différents lieux de New York, sur lesquelles la réalisatrice lit en voix-off des lettres que sa mère lui a envoyées entre 1971 et 1973, lorsque la cinéaste vivait dans cette ville.

19h
No Home Movie, documentaire, France, Belgique, 2015, 1h55
« Ce film est avant tout un film sur ma mère, ma mère qui n’est plus. Sur cette femme arrivée en Belgique en 1938 fuyant la Pologne, les pogroms et les exactions. Cette femme qu’on ne voit que dans son appartement. Un appartement à Bruxelles. Un film sur le monde qui bouge et que ma mère ne voit pas » Chantal Akerman
En présence de Caroline Renard, enseignante et chercheuse en Études Cinématographiques
à l’Université Aix-Marseille.
En partenariat avec le cinéma Le Gyptis
CLAIRE ATHERTON : À PROPOS DE CHANTAL AKERMAN
« Chantal était allergique au psychologisme. Le psychologisme c’est l’explication psychologique des actes et des sentiments. Le cinéma de Chantal n’explique jamais, il nous questionne et nous met face à nous-mêmes. C’est ce qui le rend si fort et vivant. »
« Elle était très libre et intuitive. Parfois provocatrice. Elle n’avait pas d’interdits. Elle ne disait pas il faut filmer comme ci, il faut cadrer comme ça, on fait pas ci, on fait pas ça. Ses choix venaient de l’intérieur. Ce qui la guidait, c’est ce qu’elle sentait. Elle avait un rapport physique plus que cérébral à l’image, aux couleurs, aux sons, au rythme. »
« On dit souvent de Chantal qu’elle avait des principes esthétiques. Or je crois que les principes nous protègent, et Chantal ne se protégeait pas. Elle faisait confiance à ce qui allait advenir, elle savait accueillir le hasard. »
Claire Atherton, monteuse, a travaillé de nombreuses années avec Chantal Akerman (films, installations)
Retrouvez l’intégrité du texte sur blog.cinemadureel.org
Chantal Akerman est l’une des figures les plus importantes du cinéma moderne. Elle élabore, depuis 1968, une œuvre quasi unique. Aucun domaine artistique ne lui est étranger. Elle pratique aussi bien la fiction que le documentaire ou le cinéma expérimental. Ses films sont, tour à tour, burlesques et dramatiques, autobiographiques le plus souvent. Ses travaux dépassent le cadre du cinéma vers l’installation et les arts plastiques. Elle est née le 6 juin 1950 à Bruxelles et morte le 5 octobre 2015 à Paris. Parmi les films de sa longue carrière, on retrouve Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles (1975), avec Delphine Seyrig ; Les Rendez-vous d’Anna (1978) avec Aurore Clément, un autobiographique road movie en train ; la comédie musicale Golden Eighties (1986) et La Captive (2000), son adaptation de La Prisonnière de Marcel Proust. No home movie est son dernier film.

 

HOMMAGE ORGANISE PAR FILMS FEMMES MEDITERRANEE

 

Lien: http://www.films-femmes-med.org/actualites

Exposition « Not Ready To Make Nice GUERRILLA GIRLS 1985-2016 » au FRAC LORRAINE

Not Ready To Make Nice GUERRILLA GIRLS 1985-2016

Commissaire : Xabier Arakistain

Jusqu’au 19 février 2017

 

guerrilla

 

Lien: http://www.fraclorraine.org/explorez/artsvisuels/504

 

Cet automne, le souffle inquisiteur des Guerrilla Girls déferle sur le Grand Est ! Plus actif que jamais, toujours aussi politiquement incorrect, le collectif américain investit les espaces du 49 Nord 6 Est lors d’un parcours orchestré par Xabier Arakistain, défenseur avéré de la cause féministe. Not ready to make nice ! Tout est dit dans le titre de cette exposition qui retrace 30 ans d’insurrection artistique.

 

Face à l’absence de parité dans les musées internationaux – qu’elle soit de genre, de race ou de classe – les Guerrilla Girls prennent les armes ! Se faisant la « conscience du monde de l’art », anonymes sous leurs masques de gorille, ces activistes n’ont de cesse de dénoncer toutes les formes de discrimination. Véritables robin.e.s des bois du XXIème siècle, les Guerrilla Girls continuent d’agiter la sphère culturelle avec leurs célèbres posters et leurs actions à l’humour mordant et provocateur. Un combat à rallier de toute urgence.

 

Workshop d’actions créatives, stage d’auto-défense, rencontres entre art et activisme, rejoignez-nous au 49 Nord 6 Est. Et telles les Guerrilla Girls, devenez vous aussi de super héro.ïne.s, que vous portiez (ou pas) le collant avec grâce !

 

 

LES GUERRILLA GIRLS

 

Guerrilla Girls est un collectif d’artistes anonymes fondé en 1985. Déterminées à mettre l’accent sur la dimension politique de leur travail et à dénoncer l’oubli systématique des femmes dans les sociétés contemporaines, les Guerrilla Girls ont décidé de garder l’anonymat en portant des masques de gorille et en prenant les noms d’illustres artistes femmes décédées. Le collectif utilise les faits, l’humour et des visuels qui frappent les esprits pour exposer au grand jour les préjugés ethniques et de genre, ainsi que la corruption ­­présente en politique, dans l’art, les films et la pop culture. Elles ébranlent l’idée d’une histoire dominante en révélant les récits cachés, le sous-texte, les laissés-pour-compte, et tout ce qui est purement scandaleux ! Elles croient en un féminisme intersectionnel qui combat la discrimination et défend les droits humains de tous les peuples et de tous les genres. Le groupe a développé plus de 100 projets, posters, stickers et actions dans l’espace public à travers le monde, notamment dans les villes de New York, Los Angeles, Minneapolis, Mexico City, Istanbul, Londres, Bilbao, Rotterdam et Shanghai, pour n’en citer que quelques unes. Les Guerrilla Girls investissent également les musées pour dénoncer leurs pratiques discriminantes directement sur leurs propres murs. Par exemple sur la façade du Whitney Museum à New York (2015) avec une projection lumineuse autour des inégalités de revenus ou encore à travers leur projet pour la Biennale de Venise en 2005. Des rétrospectives leur ont été consacrées à Bilbao et à Madrid (Guerrilla Girls 1985–2015). Elles ont également réalisé un grand nombre de projets spécifiques tels que Is it even worse in Europe? (2016–2017) à la Whitechapel Gallery ou leur projet participatif sur toute une semaine à la Tate Modern de Londres (2016). Sans oublier leur première exposition individuelle d’envergure dans une institution française, au 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine à Metz (2016–2017), une occasion unique de découvrir la quasi totalité des posters des Guerrilla Girls issus de sa collection.

 

 

NOTE D’INTENTION DU COMMISSAIRE XABIER ARAKISTAIN

 

Au croisement entre l’art et l’activisme, les Guerrilla Girls sont des figures de proue du mouvement de l’art féministe d’aujourd’hui. Ce mouvement a pris pour cible des fictions qui posent problème, telles que celles de « génie artistique », de « chef-d’œuvre », fictions entretenant l’idée (qui perdure depuis le XIXème siècle) d’un art indépendant de son contexte historique et social. Le collectif d’artistes des Guerrilla Girls s’est formé en opposition au milieu des années 80, lorsque l’avancée du néolibéralisme remettait ces fictions au goût du jour. Les membres du groupe dissimulent leurs visages sous des masques de gorille et choisissent pour pseudonymes des noms d’artistes femmes emblématiques décédées. Tout en gardant l’anonymat, elles mettent l’accent sur la dimension politique de l’art et dénoncent la manière dont les femmes sont systématiquement négligées dans la société contemporaine.
Le travail des Guerrilla Girls, autoproclamées « conscience du monde de l’art », marque un tournant dans la pratique artistique féministe, cela pour deux raisons : En premier lieu, leur approche de la discrimination sexuelle que générée et perpétuée par l’art est un tournant discursif dans les stratégies de l’art féministe. Les Guerrilla Girls sont les premières à offrir une vue d’ensemble des processus qui consolident le sexisme en art, à différents niveaux, sans pour autant ignorer le lien entre ces processus et les autres institutions et sphères sociales. Les posters emblématiques des Guerrilla Girls sont immédiatement identifiables par le langage des statistiques qu’elles utilisent, afin de dire la place des femmes dans l’art et autres domaines : ainsi est soulignée l’incapacité dramatique des sociétés démocratiques à tenir leur promesse d’instaurer l’égalité entre les sexes. Ces posters constituent également la base des activités du collectif, celles-ci allant de l’affichage dans des lieux publics (notamment sur les portes des galeries d’art à New York), à diverses actions dans les musées et autres institutions culturelles et sociales.
En second lieu, la popularité du groupe, à la fin des années 80, a marqué une transition avec la première étape importante de l’art féministe, mouvement qui a vu le jour de part et d’autre de l’Atlantique dans le sillage du féminisme de la fin des années 60. Les posters des Guerrilla Girls, leurs publications et activités portent la marque de cet héritage, et font appel à la connaissance du féminisme comme à un cadre conceptuel permettant une compréhension aiguisée du monde. Avant tout, les Guerrilla Girls nous rappellent que les buts politiques du mouvement féministe de la fin des années 60 sont encore à atteindre, et leur travail nous encourage à continuer la lutte.

 

Xabier Arakistain (Madrid, 1966) est commissaire féministe. Il vit à Bilbao (ES).
Il a incorporé la catégorie du sexe comme critère curatorial dès sa première exposition, Trans Sexual Express (Bilbao Arte 1999). De 2001 à 2013, Arakistain a introduit la parité de genre dans le programme d’expositions de la Fundacion Bilbao Arte Fundazioa, et de 2003 à 2006 il a mené les tables rondes sur art et féminisme dans les « Rencontres d’Experts » à la foire de ARCO Madrid. En 2005 il a impulsé le Manifiesto ARCO’05, qui demandait aux administrations publiques d’adopter des mesures concrètes pour favoriser l’égalité entre les sexes dans le champs de l’art, initiative qui inspira l’article 26 de la Loi Organique pour l’Egalité Effective entre femmes et hommes. Entre 2007 et 2011 Xabier Arakistain a dirigé le Centre Cultural Montehermoso Kulturunea, Vitoria-Gasteiz (ES). Sous son impulsion, le Centre est devenu pionnier dans le développement et l’application des politiques féministes dans les domaines de l’art, de la pensée et de la culture contemporaine. En 2008, face aux obstacles dans la transmission de la connaissance féministe entre les générations et préoccupé par la rareté des traductions de textes féministes, il a mis en place, avec l’anthropologue féministe Lourdes Méndez, un séminaire annuel autour de la thématique : « Production artistique et théorie féministe de l’art. Nouveaux débats ». Ce cycle est accueilli depuis 2012 à Azkuna Zentroa, Bilbao et se poursuit sous le titre « Perspectives féministes dans les productions artistiques et les théories de l’art ». Xabier Arakistain a récemment été le commissaire de l’exposition de Why Not Judy Chicago? (CAPC, Bordeaux 2016 & Azkuna Zentroa 2015) et de plusieurs rétrospectives consacrées aux Guerrilla Girls (Matadero, Madrid 2015 & AlhóndigaBilbao 2013), ainsi qu’à l’artiste britannique Leigh Bowery (Museu Textil y de la Indumentaria de Barcelona 2004 and BilbaoArte 2002) mais aussi des expositions Kiss Kiss Bang Bang, 86 steps in 45 years of Art and Feminism (Museo de BBAA, Bilbao 2007), Para todos los públicos (Sale Rekalde, Bilbao 2006) et Switch on the Power (MARCO Vigo ; C.C Montehermoso, Vitoria-Gasteiz ; CAM Gran Canaria).

 

 

FRAC LORRAINE

1 Bis Rue des Trinitaires, 57000 Metz, France


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